JMC Nov 2003
LE GULF STREAM
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Vingt ANS après la découverte du CONTINENT américain, Ponce Léon, navigateur espagnol fait une constatation stupéfiante quand il longe la côte de Floride avec son trois-mâts...: son bateau recule par rapport à la côte alors que l'étrave de son voilier soulève de l'écume de part et d'autre de la coque comme si il avançait. Ponce de Léon explique que cela est certainement dû à l'existence d'un fort courant marin.
En 1769, BENJAMIN FRANKLIN remarqua que les bateaux mettaient plus longtemps pour aller de Falmouth à New York que pour en revenir. Il découvrit ainsi le GULF STREAM.

Le Gulf Stream est un très grand courant océanique permanent et chaud de l'Atlantique Nord. Il se forme dans le golfe du Mexique où les eaux sont chaudes. Il passe entre Cuba et la pointe de Floride où il atteint sa largeur maximale, environ 80km sur 640m de profondeur. Sa vitesse varie alors de 100 à 150 km/jour et son débit est estimé à 85 millions de mètres cube d'eau à la seconde à une température variant de 30 à 35°C. Il longe la pointe de Floride vers le nord puis change de direction poussé par les eaux froides du courant du Labrador. Il se alors dirige au nord-ouest (vers l'intérieur de l'Atlantique), se refroidit (température de 25°C) et ralentit (vitesse de 8km/jour). Aux abords de l'Europe, il se sépare en deux ramifications; une dirigée vers l'Islande, et l'autre vers l'île des Açores. Arrivées à l'extrême Nord de la Norvège, et au niveau des côtes du Portugal, les deux ramifications du Gulf Stream ont refroidi (alors à environ 2°C), leur salinité a fortement augmenté en raison de l'évaporation, leur densité augmente énormément, entraînant leur plongée dans les couches océaniques inférieures. On ne parle plus alors de Gulf Stream.

Localisation du Gulf Stream et du courant des Canaries
Le Gulf Stream baigne de ses eaux chaudes une partie de la côte Atlantique de l'Europe du Nord Ouest, c'est-à-dire:

- la façade Ouest du Royaume Uni
- la côte Atlantique en France
- le pays basque espagnol
... et de manière moins importante les côtes islandaises et norvégiennes.

En 1855, un lieutenant de marine américain, Maurice Fontaine Maury, publia The Physical Geography Of The Sea and its Meteorology, un ouvrage qui connut un succès retentissant, dans lequel il affirmait que le Gulf Stream avait un rôle essentiel dans la régulation des températures sur l'Ouest de l'Europe en hiver. En se basant sur des observations réalisées de part et d'autre de l'Atlantique, l'auteur conclut que le Gulf Stream, seule vraie source de chaleur locale était responsable du climat hivernal particulièrement doux. Mais ses observations étaient toutefois un peu faussées en raison de l'absence de relevés climatiques précis en haute mer. Par conséquent, l'auteur ne faisait pas la distinction entre les climats "maritimes" et continentaux, fondamentalement différents. Le Gulf Stream expliquait donc pour Maurice Fontaine Maury l'écart de température de 15°C en hiver, entre l'Est canadien et l'Europe de l'Ouest.
Ainsi en hiver, selon cette théorie, le Gulf Stream, courant chaud, transférait son énergie thermique aux vents d'ouest refroidis. Il stabiliserait donc de manière importante le déséquilibre entre les couches atmosphériques et océaniques, dû à un rayonnement solaire moins important. Les deux couches s'équilibreraient, réduisant de la sorte le refroidissement des températures.

Cette théorie est la plus connue, et la plus retenue, à tel point qu'elle est presque devenue une certitude et on la retrouve partout, que ce soit dans les livres de Géographie, les guides touristiques, les Encyclopédies... Elle n'a pas été retenue par sa justesse, mais simplement parce que elle était la seule.. Elle a été soutenue jusqu'en 1997. Le défaut de cette thèse, vieille de plusieurs siècles, est qu'elle n'a jamais été démontrée par des procédés modernes et en plus un élément semblant confirmer cette conjecture. Durant la dernière ère glaciaire, le Gulf Stream s'était à de nombreuses reprises ralenti, et avait raccourci sa course suite à des augmentations des températures en Europe. Le dernier ralentissement de ce type s'est produit il y a environ 15.000 ans. La diminution moyenne de la température européene suite à ces ralentissements était d'environ 5°C.

Une nouvelle théorie a été énoncée, ne niant pas l'influence du Gulf Stream sur le climat européen, mais la minimisant fortement. Elle résulte du travail d'un groupe de chercheurs américains, dirigé par Richard Seager, Senior Research Scientist de l'université Columbia, aux Etats Unis. Elle a pu voir le jour grâce aux progrès informatiques ayant permis d'analyser "d'un seul bloc" toutes les informations climatologiques disponibles depuis 1949 jusqu'à ce jour dans le monde entier. Le contenu global est que les courants marins, grandes réserves de chaleur, servent plus à compenser le déséquilibre de température entre l'équateur et les pôles. En revanche, aux latitudes moyennes, les courants atmosphériques atlantiques plus que les courants marins en eux-mêmes seraient les acteurs majeurs de la douceur de notre climat.

Trois phénomènes participeraient à la douceur hivernale du climat européen:
- en premier, le déstockage de la chaleur accumulée en été, durant la saison hivernale,
- en second lieu, le transport d'eaux chaudes par le Gulf Stream, des tropiques vers le nord, dont l'énergie est dissipée dans l'atmosphère,
- enfin, on a mis en évidence le rôle important de la circulation générale des vents au dessus de l'Atlantique, et notamment les "méandres" créées par les Montagnes Rocheuses de l'Est des Etats-Unis. Ce sont de longs vents, très fins, circulant de l'Est vers l'Ouest, réchauffés par le déstockage de la chaleur de l'océan Atlantique.

Ce destockage aurait, grâce aux tempêtes tropicales hivernales au-dessus de l'Atlantique, assez d'énergie à lui seul pour expliquer la douceur du climat hivernal européen. Cela tend à être confirmé que sans les Rocheuses ou sans ces vents provenant des Rocheuses, les températures en Europe seraient inférieures de 27°C. Au final, le gain thermique apporté par le Gulf Stream ne serait que de deux ou trois degrés au niveau de l'Europe soit à peine un peu plus de 10% de l'énergie thermique transmise à l'atmosphère. Les véritables explications des différences de températures aux mêmes latitudes sont donc les reliefs et non le Gulf Stream.
Cette nouvelle théorie a bien sûr fait l'effet d'une bombe sur les climatologues. Toutefois cette thèse est particulièrement convaincante sur plusieurs aspects:
- elle ne contredit pas totalement les observations ayant étayé la théorie du Lieutenant ... , puisque les relevés climatologiques consécutifs à un arrêt du Gulf Stream avaient montré une baisse d'environ 5°C du climat européen
- la théorie de Richard Seager les rejoint même encore plus que la précédente. Un autre point intéressant est que
- ces recherches font réapparaître la différence entre les climats maritime et continental, ignorés auparavant, faute de relevés climatologiques précis.

Le Gulf Stream un effet sur le climat européen, mais très minime. Les conclusions de ces recherches ne rassurent pas pour autant la plupart des scientifiques, inquiets d'un "arrêt" du Gulf Stream. Le Gulf Stream est certes le facteur le moins important de la régulation du climat en Europe mais il est le plus influençable. La connaissance des climats passés permet d'avoir une idée des conséquences de cet évènement, mais rien ne peut assurer qu'elles seront les mêmes à plusieurs dizaines de milliers d'années d'intervalle. Un arrêt pourrait donc avoir avoir des conséquences bien plus graves que celles supposées auparavant, et ce sur toutes les régions bordant l'Atlantique.

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