JMC nov 2003
Plongée dérivante ou plongée à la dérive - "Drift diving"

En plongée sous-marine, le courant est généralement synonyme de danger parce qu'on nage contre lui. La plongée dérivante donne une toute autre représentation du courant parce qu'on se laisse aller avec lui, il nous emmène. La plongée dérivante, c'est le "scooter" du pauvre avec lequel le plongeur peut parcourir plusieurs centaines de mètres, voire plusieurs kilomètres, sans se fatiguer pendant sa plongée. On associe toujours le courant à un ennemi parce qu'on veut de l'éviter ou de le combattre plutôt que de l'utiliser. Le principe de la dérivante est simple:"Puisque on ne peut pas nager contre le courant, on dérive avec lui".
La plongée dérivante avec du courant présente de nombreux avantages mais elle a aussi ses limites et ses inconvénients.

Avantages
Il sont essentiellement au nombre de quatre quand il s'agit d'une plongée en "compagnie du courant":
- elle demande très peu d'effort, c'est un mode de plongée pour les "fainéants" et on peut parfois jouer des courants pour aller où on veut.
- elle permet de visiter certains sites impossible à explorer autrement,
- elle permet de parcourir une plus grande distance et de survoler d'immenses paysages sous-marins. Il ne faudrait pas penser que la distance permet de voir une plus grande variété de faune ou de flore. Elle offre la possibilité de visiter une plus grande étendue de territoire que lors d'une plongée sans courant, en économisant son énergie et avec le même stock d'air.
- elle facilite l'orientation évitant de devoir revenir à un point de sortie spécifique.

Inconvénients
- il faut du courant
- il faut un site étendu qui se prête à ce type d'exploration
- c'est une technique difficile sur une épave ou une petite roche à cause de la dérive et le courant n'est plus un allié lorsque l'on veut s'arrêter
- il faut souvent un bateau et particulièrement à La Réunion
- il est problématique de revenir à son point de départ
- il faut respecter une discipline stricte si on ne veut pas se perdre ou être séparé des autres plongeurs

Objectif de la plongée
La plupart des plongées dérivantes sont de simples explorations. Le but est de découvrir des paysages sous-marins mais à vol d'oiseau, sans s'arrêter. C'est d'ailleurs là que réside le réel plaisir de la plongée à la dérive, voler sans avoir besoin d'un avion.
Pour certains l'objectif peut-être la recherche d'objets ou la photographie à condition qu'il soit clairement annoncé.

Eléments de planification
La plongée dérivante commence par une planification. Il s'agit d'apporter une attention particulière aux éléments suivants:
- conditions en surface, luminosité, position du soleil, houle, formation de la mer,
- force du courant,
- direction du courant de surface,
- force du vent
- direction du vent
- évaluation de la dérive en surface pour déterminer le trajet à suivre,
- évaluation du niveau de difficulté pour remonter sur le bateau ou retourner au rivage,
- s'assurer que toutes les palanquées disposent d'un parachute de palier et d'un sifflet,
- s'assurer que la visibilité est assez bonne par rapport à la vitesse du courant. L'objectif étant de réduire au maximum les risques de séparation des plongeurs d'une même palanquée et les blessures dues aux obstacles rencontrés, vus au dernier moment;
- s'assurer du niveau de compétence mais surtout du niveau d'expérience des plongeurs. Eviter de regrouper les plongeurs inexpérimentés dans une même palanquée. Le faire va demander une attention et une surveillance plus que soutenues de la part l'encadrant. C'est aussi prendre le risque de multiplier les interventions pendant la plongée voire de devoir intervenir pour faire face à des situations critiques simultanées. Invitons à ce sujet tous les directeurs de plongée à organiser les palanquées en concertation avec les encadrants d'une part et avec les plongeurs autonomes d'autre part afin d'être en mesure de répondre au mieux aux exigences sécuritaires de la plongée à venir. Il est utile de rappeler que chaque plongée est particulière, conditions environnementales variables et plongeurs physiquement et psychologiquement différents à chaque fois.-
- adapter le nombre de plongeurs par palanquée. Trois par palanquée encadrée si le courant est fort ou si la visibilité est médiocre. Favoriser les binômes et les équipes quand il y a des plongeurs autonomes.
- déterminer si le courant ne sera pas un obstacle pour d'atteindre l'objectif de la plongée.
- préparer les mises à l'eau avec beaucoup de soin. Tous les plongeurs d'une même palanquée doivent s'immerger en même temps.

On comprend bien qu'il est impératif d'évaluer les conditions de faisabilité d'une plongée dès la surface en répondant aux questions suivantes:
- ne risque-t-on pas de transformer un gentil survol du paysage subaquatique en un dangereux vol de chasse au milieu des canyons ?
- comment est et sera la météo en surface au retour?
-
le pilote du bateau pourra-t-il nous suivre (mer formée, houle, vent, brouillard, etc.) ?
- la direction du courant ne risque-t-elle pas de conduire vers une zone dangereuse ?
- les plongeurs sont-ils tous en mesure de pouvoir participer à la plongée?

 

Equipement
La plongée dérivante ne requiert pas plus de matériel que ce qu'on a l'habitude d'utiliser habituellement. Il s'agit de ne pas oublier les moyens de se signaer en surface, son parachute de palier et son sifflet. Dans certain cas, on peut envisager de munir un groupe de plongeurs d'une bouée de signalisation en surface équipée d'un dévidoir. Cette bouée restera visible en surface et ainsi le pilote du bateau sera toujours en mesure de suivre la dérive qu'il y a au niveau des plongeurs. Cette technique est peu utilisée à La Réunion bien qu'elle soit une mesure de sécurité efficace. En effet, les plongées dérivantes sont souvent profondes et tenir une bouée n'est pas chose facile dans ces conditions. Il faut une grande longueur de bout et le courant étant moins rapide en profondeur à cause de la friction de l'eau sur le fond, la bouée en surface ira beaucoup plus vite que le plongeur qui la tient. Tiré par celle-ci, il dérivera plus vite que ses coéquipiers qui risquent de le perdre ou de s'essouffler à le suivre.

La mise à l'eau et la descente

A la mise à l'eau il est nécessaire que tout le monde soit prêt en même temps. Le matériel individuel doit être scrupuleusement vérifié. Le guide de palanquée peut décider un regroupement en surface qui permet de se préparer sans stress avant la descente. Il peut aussi décider une descente immédiate quand il y a du courant et qu' il est nécessaire de ne pas perdre de temps pour réduire la dérive pendant la descente, en particulier pour atteindre un site de taille limitée comme une épave et cela ne pourra être réellement envisageable qu'avec des plongeurs expérimentés.Il peut enfin décider un regroupement à une profondeur intermédiaire de l'ordre de 6m afin de s'assurer du bon passage des oreilles et d'un bon départ de descente groupé, tout en restant à l'abri des agressions pouvant venir de la surface, houle, vent, bateau, autres plongeurs en flottabilité négative.

Une fois la descente amorcée, il faut bien sûr rester groupé. On peut avoir une bouée de signalisation équipée d'un dévidoir avec les avantages et les inconvénients que cela comporte. Quand la plongée est profonde, les plongeurs devront faire particulièrement attention à leurs coéquipiers, la descente et l'exploration se feront nécessairement en suivant le rythme des moins rapides.

L'exploration et la remontée

Au fond, il est essentiel de rester ensemble et quand il y a du courant, ce n'est pas chose facile. Pour cela, être bien stabilisé, en flottabilité nulle et ne pas palmer pour avancer. Palmer dans le courant, c'est creuser des écarts entre les plongeurs que les retardataires s'essouffleront à vouloir réduire en tentant de rattrapper la tête de la palanquée.

La notion de proximité ou de distance de sécutité entre les plongeurs est d'autant plus importante que les conditions de plongée sont difficiles et la probabilité d'intervention plus grande. Rester très proches les uns des autres, se surveiller constamment, s'aider mutuellement, ne jamais laisser apparaître de début de séparation renforcent l'idée de plonger en binôme et en équipe.

Rien ne doit traîner, un détendeur de secours ou un manomètre qui se coince dans un rocher avec un fort courant risque de placer le plongeur dans une situation dangeureuse et le séparer de son coéquipier. Attention aussi aux équipements accessoires comme les lampes et les appareils photographiques. Non seulement ils sont susceptibles de s'accrocher au relief, mais en plus ils augmentent la résistance à l'eau. Plus grave encore, et tous ceux qui ont plongé avec des coéquipiers équipés de lampes ou d'appareils photos peuvent en témoigner, ces accessoires modifient de manière significative le comportement du plongeur, le rendant beaucoup plus individualiste et solitaire. Prendre une photo ou regarder dans un trou avec sa lampe, c'est ralentir, voire s'accrocher et s'arrêter, se positionner, lutter contre le courant, obligeant son coéquipier aux mêmes efforts quand il n'est obligé de remonter le courant. Au-delà de ces efforts parasites, ce comportement va générer des situations de stress dont on peut rechercher l'origine au niveau de l'insécurité qu'éprouve le plongeur du fait de la solitude dans laquelle il se trouve. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter les remarques des plongeurs qui ont vécu ce scénario et qui jurent de ne plus jamais plonger avec un tel ou une telle: il plonge pour lui, j'ai plonger seul, elle ne s'occupe que d'elle.......
Dans ces propos, il n'est question pas de faire le procès des lampes et des appareils photographiques dont on ne peut que reconnaître l'utilité dans pratique de la plongée mais plutôt de s'interroger sur leur légitimiter dans les plongées en compagnie du courant dont l'objectif principal est de survoler un vaste territoire sans effort. Si il y a un autre objectif, il est important que toute la palanquée y adhère et que s'organise alors une sécurité adaptée.

Quand la plongée est finie, la remontée se fera sans tarder, tous les plongeurs d'une même palanquée groupés car la vitesse du courant peut être différente suivant la profondeur, à la vitesse imposée par la décompression, régulière pour ne pas se séparer, surtout en approche surface avant de s'arrêter au palier de sécurité.
L'arrivée en surface est le moment idéal pour évaluer les conditions de sortie de l'eau. Il est impératif de ne jamais ranger son parachute de palier avant l'arrivée du bateau. Rester visible de tous les usagers de la mer est une absolue nécessité. Une fois le bateau proche, le pilote ayant signalé la remontée à bord possible, les plongeurs pourront envisager de ranger leur parachute.

Des profils de plongées dérivantes.
Il est plus facile de plonger dans une passe lorsque le courant est rentrant. La fin de la plongée se déroule à une profondeur moindre et le courant perd de sa force et vous dépose doucement dans une zone plus abritée.
Plonger dans une passe par courant sortant, ou utiliser un courant de marée descendante signifie parfois parcourir des kilomètres avant que le courant ne faiblisse.
Pour une plongée le long d'un tombant, l'essentiel est de bien prévoir les points d'entrée et de sortie, que l'on parte du bord ou que l'on soit déposé et récupéré par un bateau.

Le point de vue du pilote

Bien les pilotes de bateau n'aiment pas ces plongées. Elles sont contraignantes à tous les niveaux:
- vérifier que tout le groupe soit prêt avant qu'il ne se jette à l'eau
- assurer des mises à l'eau qui se fassent le plus rapidement possible
- suivre les plongeurs dans leur dérive
- repérer les plongeurs aux bulles
- scruter constamment l'horizon -
- rechercher les plongeurs dès qu'ils font surface,
- préparer une réserve d'air de secours largable en mer
- sens en éveil tout le temps de la plongée
- frustation quand les plongeurs se remémorent leur sortie

Dangers et problèmes

En faisant une plongée dérivante, on laisse le courant faire la plupart du travail de propulsion pour nous et on n'est pas en mesure de toujours choisir sa destination.
Les principaux risques sont l'essoufflement (cliquer ici), la séparation des plongeurs et la récupération des palanquées.
Contre l'essoufflement des plongeurs, il est nécessaire de réduire la profondeur, de limiter les efforts et d'expirer profondément. Si un plongeur commence à lutter contre le courant, l'essoufflement devient un danger possible. Pour l'éviter, il ne faut jamais lutter contre le courant et limiter ses efforts de palmage dès qu'ils provoquent une respiration rapide qu'il faudra rétablir en forçant les expirations. S'il est nécessaire de nager à contre-courant, il faut le faire près du fond, là où la force du courant est moindre et où l'on peut se déhaler sur des objets fixes. On peut essayer d'avancer tout en se tirant avec les bras le long du fond. Quand on ne peut pas nager contre le courant, inutile de lutter contre lui.

Contre la séparation des plongeurs, il est nécessaire d'appliquer les règles simple de sécurité. Se surveiller mutuellement et se retourner régulièrement pour compter ses coéquipiers, rester en communication régulière et interroger l'ensemble de la palanquée pour chaque évènement. En cas de perte de son groupe ou en cas de perte d'un plongeur, on se cherche pendant 1min. Bredouille, la plongée se termine et on remonte en assurant sa décompression si bien que tout le monde peut se retrouver en surface.
Si vous devez vous arrêter dans le courant, demandez-vous s'il est assez faible pour vous le permettre et si votre binôme est en mesure de s'arrêter aussi.
Pour la récupération, insistons encore sur la nécessité et la difficulté de se faire repérer de la surface et de se faire voir de tous les usagers de la mer. C'est encore plus d'importance quand il y a du courant car l'endroit où les palanquées feront surface est aléatoire, souvent loin du lieu d'immersion et difficile à voir quand la mer est formée ou qu'il y a du vent..