JMC Nov 2003
Les adaptations comportementales

Nous pouvons envisager des adaptations essentielles au niveau du matériel. Cela ne sera rien si nous ne considérons pas l'esprit dans lequel l'homme (ou la femme…….) aborde le milieu et ses contraintes .

L'approche du milieu.
La sensibilisation au respect de l'environnement au cours des formations se révélera opportune si elle prend en considération le développement de l'humilité face à un environnement plus exigeant et le conditionnement aux gestes propres à s'y adapter. Autrement dit, le plongeur ne doit pas aborder ces plongées en force mais avec la volonté de s'immerger dans des conditions particulières pour lesquelles il est peu à peu initié tout au long d'une pratique régulière et avec l'appui de ses formateurs.

Anecdotes vécues
Pendant une plongée, le long d'un tombant, un plongeur qui ne se rendait pas compte qu'en raison du courant, ses jambes frottaient régulièrement les gorgones. En l'écartant et en le tirant légèrement, un autre plongeur lui signale tant bien que mal de ce qu'il faisait. Il eut comme réponse un geste qui en disait long sur les états d'âme du vandale.
Une autre fois, toujours avec un peu de courant à la sortie d'une grotte, visiblement trop lesté et avec un un gilet stabilisateur totalement vide, un plongeur n'a rien trouvé de mieux que de ramper sur les coraux et de s'y accrocher pour rejoindre la ligne de mouillage. Un autre plongeur a préféré lui donner un coup de main en le soulevant et en le tirant vers le mouillage. Face à ses explications sur le bateau, il ponctuait les recommandations par des "bof .'" d'indifférence.
Une autre fois, un plongeur est surpris tentant de faire sortir une petite langouste d'une faille en lui titillant les antennes. Elle s'est approchée et, au moment où la main l'attrapait à la base des antennes, un magistral coup de queue lui permettait de s'enfuir... mais sans ses antennes.
En la matière, les exemples sont infinis et doivent forcer la réflexion sur le respect et la protection de l'environnement d'une part pour le milieu lui même et d'autre part pour notre plaisir. Cet aspect poétique de la chose ne doit pas nous faire oublier que pour l'ensemble des professionnels, la préservation des fonds marins est une garantie de revenus. Au-delà des centres de plongée, tous les acteurs éconimiques bénéficient des retombées financières générées par les accompagnateurs qui profitent de ce temps d'attente pour s'essayer dans d'autres activités de loisirs ou pour faire du shopping.

Le niveau de rigueur dans la pratique
L'utilisation d'un matériel adapté à des conditions particulières ne peut générer un niveau de sécurité optimal qu'à la condition que le niveau de rigueur dans les différentes phases de pratique soit proportionnel au degré de particularité du milieu d'évolution. Une plongée en compagnie du courant se planifie comme toutes les autres plongées:
- évaluation de la vitesse et de la direction du courant en surface. Cette évaluation n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Pourtant c'est d'elle que va dépendre en grande partie le choix du type de plongée envisagé : bateau amarré à un dispositif de mouillage, bateau mouillé à l'ancre ou bateau à la dérive.
- connaissance topographique du site qui permet de prévoir des moments de repos à l'abri du relief et surtout d'être en mesure d'évaluer les distances et la dérive pour pouvoir retrouver le bateau,
- conditions de température
- type de plongée et les risques associés
- objectifs de la plongée notamment en ce qui concerne les plongées techniques dont les risques peuvent être majorés du fait du courant,
- niveau de compétences des plongeurs qui va imposer des constitutions particulières de palanquée.
Tous ces éléments doivent être connus du directeur de plongée qui les prendra en compte pour programmer les plongées. Le souci de la sécurité se traduit par le rappel des consignes générales, mais aussi des consignes propres à l'adaptation aux conditions particulières du courant. Le suivi de l'activité sur site ne souffre d'aucune dérive dans l'application des mesures de sécurité car la potentialité d'incidents directement liés à la présence de courant n'est pas négligeable et demande parfois la présence d'automatismes. Or la justification et l'appropriation de ces automatismes reposent sur une prise de conscience réelle des risques encourus. Il est important de donner aux plongeurs les moyens d'analyser une situation et d'anticiper les problèmes. La réaction adaptée à chaque situation sera d'autant plus pertinente que l'analyse est juste.

La gestion du stress en fonction du niveau de pratique.
Plus le niveau technique reconnu est élevé, plus l'espace d'évolution s'élargit et plus la fréquence de pratique est importante, plus les explorations dans l'espace lointain représentent une part importante des plongées effectuées. Mais attention, quel que soit le niveau technique, le stress physique et la tension psychique seront plus importantes quand il y a du courant que pour une plongée de paramètres temps/profondeur, comparables dans des conditions normales. Cela se vérifie surtout pour les premières immersions avec du courant, chez les plongeurs confirmés, comme chez les débutants. A la Réunion, on observe une maîtrise évidente du stress lié à la présence de courant chez le plongeur qui pratique régulièrement. On comprend alors aisément le rôle que peut avoir le formateur en informant et en sensibilisant préalablement le public des plongeurs saisonniers pluridisciplinaires aux subtilités environnementales du milieu à découvrir pour les aider à mieux gérer leur stress et ainsi en diminuer significativement les risques. Les encadrants et responsables de centres le savent bien qui programment systématiquement des plongées de réadaptation et d'évaluation avec rappels des consignes de sécurité propres à la présence du courant aux plongeurs qu'ils ne connaissent pas.

Méthodes de progression en palanquée, effectifs.
Les contraintes naturelles influent directement. Le courant oblige les équipiers à progresser le nez dans le courant ou en se laissant porter par les éléments. Dans les deux cas la progression de la palanquée est perturbée. Pour ne pas perdre le contact et pour effectuer des regroupements fréquents les plongeurs sont obligés d'avoir une attention plus soutenue et de faire des efforts supplémentaires. De ce fait, l'effectif des palanquées doit être revu à la baisse par rapport aux maximas autorisés par l'arrêté du 22 juin 1998. Bien que qu'aucune norme n'ai été définie, la grande majorité des centres s'est déjà engagée dans cette démarche anticipatrice. Deux élèves par moniteur en plongée technique, trois élèves par guide de palanquée en exploration semble être une généralité admise pour garder le contrôle de la sécurité quand il y a du courant. Au-delà, la notion de binôme s'impose de plus en plus et une palanquée de quatre plongeurs s'organisent comme deux binômes évoluant sur un même profil de plongée. Le guide de palanquée se situe de préférence en tête du groupe pour rester visible de tous avec le souci d'imposer un rythme de progression adapté aux capacités de chaque plongeur et ainsi limiter le. risque de dispersion rapide lié à la présence du courant.

Sécuriser par l'adaptation des zones de profondeur
Le courant augmentant significativement les risques liés à l'essoufflement (cliquer ici), beaucoup de structures organisent ces plongées indépendamment des autresen différenciant soient les bateaux, soient les jours ou les horaires. Au-delà, du souci de confort pour les plongeurs qui seraient en attente et d'une contrainte de rentabilité, ces organisations montrent bien le caractère délicat de ces plongées qui s'adressent essentiellement aux plongeurs expérimentés, connus des organisateurs et familiarisés aux caprices du courant. Dans un souci d'efficacité et de sécurité optimales, beaucoup de centres privilégient les plongées profondes dérivantes qui exigent un bateau en sécurité surface.
Ces plongées, le plus souvent programmées à l'avance, sont réalisées en tenant compte des réalités du terrain et il n'est pas rares de devoir les annuler au dernier moment à cause du courant. De plus, il arrive qu'on les rate à cause de la dérive qu'il est bien difficile d'anticiper.
Globalement, les faits montrent une réelle adaptation dans l'organisation des plongées qui prend en compte les contraintes spécifiques liées au courant des plongées à La Réunion.