JMC Nov 2003
Sécurité individuelle de la plongée en " compagnie du courant "

Le matériel utilisé doit permettre de résoudre de manière optimale les problèmes induits par les contraintes du milieu. Les principaux éléments constitutifs de l'équipement du plongeur doivent donc apporter une réponse technologique adaptée aux potentialités de risques liés aux efforts, à la nécessité de se faire voir et à celle de se protéger.

1 - Le lestage.
L'adaptation du lestage à la flottabilité de chacun prend ici toute son importance. Rappelons qu'un plongeur se doit d'être équilibré, gilet vide, bouteille sur réserve à la profondeur du dernier palier. Cela implique qu'un lestage n'est jamais définitif. Trop de plongeurs arrivent avec la certitude d'avoir besoin d'un lestage propre et constant comme si la salinité et la température de l'eau, l'épaisseur de la combinaison, le poids et le volume des bouteilles, la profondeur n'avait aucun effet sur la flottabilité. Trop souvent, nous entendons: " Il vaut mieux être trop lesté que pas assez ", " le gilet est là pour équilibrer le surpoids ".
Rappelons simplement que le poids génèrent des efforts, qu'un gilet gonflé résiste à l'avancement dans l'eau, que les gros volumes d'air sont délicats à gérer pendant la décompression. Ils sont à l'origine de vitesses de remontées irrégulières, de remontées de type "yoyo" et enfin ils ne favorisent pas les paliers stabilisés.
Une technique permet de trouver le lestage adapté au plongeur qui pratique la plongée libre:
- (a) l'eau à la hauteur des yeux pour une profondeur mo
yenne
- (b) eau en haut du masque pour une profondeur de moins de 10m

- (c) eau à la base du masque pour une profondeur de plus de 20m
.
Quand on plonge avec un sacaphandre, il est important de prendre en compte la taille et l'épaisseur de la combinaison, le poids et le volume des bouteilles. Cette technique du ludion peut aider le plongeur en scaphandre à trouver assez rapidement le lestage qui lui est propre.

De manière schématique, le lestage de neutralité en scaphandre avec une bouteille à 50 bars et à -3m se trouvera en suivant le dispositif b. Bien sûr, il conviendra d'en apprécier les ajustements en fonction des spécificités de l'ensemble de l'équipement.

2 - Le parachute de palier
C'est probablement le matériel le plus emblématique de ces plongées en compagnie du courant.
Rappels indispensables :
L'arrêté de 98 ne fait aucune mention du parachute de palier, ni dans le cadre de l'autonomie, ni dans le cadre de l'encadrement.
Les cursus fédéraux en parlent :
- au niveau 1, aucune mention et pourtant dans le cadre de la compétence 4 " Réactions aux situations usuelles ", le plongeur doit appliquer la procédure de sécurité en cas de perte de l'encadrant et cette procédure ne prend pas en compte le parachute.
- au niveau 2 dans le cadre de la compétence 2 " Immersion et retour surface " pour maintenir son palier,
- au niveau 3 dans le cadre de la compétence 1 " Utiliser le matériel " pour une maîtrise d'utilisation
- au niveau 3 dans le cadre de la compétence 2 " Immersions et retour en surface " pour une maîtrise des paliers en toutes circonstances.
Remarques :
Le législateur n'a pas jugé opportun d'inclure le parachute de palier dans le matériel de obligatoire et ce quelque soit le niveau du plongeur.
Les cursus fédéraux n'envisagent l'utilité du parachute de palier que dans le cadre d'une meilleure stabilisation aux paliers. Il est à ce sujet anachronique qu'ils en prévoient l'usage au niveau 2 alors que son utilisation comme matériel n'est exigée qu'au niveau 3, mais là est un autre débat. Dans cette même logique, la seule procédure de sécurité que doit connaître le plongeur niveau 1 en cas de perte de son encadrant est celle de la remontée à vitesse contrôlée.
Conséquences
Aucun plongeur de niveau 1 ne sait se servir d'un parachute de palier parce qu'aucune exigence de formation n'est institutionnalisée.
Très peu de plongeurs autonomes niveau 2 savent utiliser un parachute de palier puisque son utilisation n'est que suggérée..
Beaucoup de plongeurs autonomes niveau 3 utilisent mal le parachute. Le bout n'est pas adapté aux utilisations courantes de la plongée locale, bien souvent il n'est pas lesté et mal stocké.
A La Réunion
La présence du courant à profondément modifier la représentation que l'on pouvait avoir du parachute de palier. Certes, il reste un moyen efficace pour stabiliser les paliers, mais il sert surtout à être repéré et vu,. C'est devenu le matériel de sécurité incontournable sans lequel une palanquée n'envisage plus de s'immerger autour des côtes réunionnaises car les courants peuvent l'amener à sortir loin de son point de départ. Cela est déjà un argument suffisant pour justifier de son caractère obligatoire. En plus il nous faut prendre en compte le caractère imprévisible des courants. Il n'est pas rare de commencer et de finir une plongée le nez dans le courant parce qu'il faut revenir au bateau. Parfois on y arrive pas et on se laisse dériver jusqu'à ce que l'on soit vu et récupéré. Il arrive aussi que le courant en surface et le courant en profondeur ne soient pas dans la même direction auquel cas la distance qui va séparer les plongeurs de leur bateau peut être si importante que les plongeurs resteraient invisibles sans parachute. Encore un argument qui pousserait à rendre obligatoire le parachute de palier.
On comprend mieux l'importance que les centres de plongée donnent aux parachutes de palier dans notre région. Il n'y a pas de formation d'autonome sans un apprentissage à la préparation et au maniement de ce matériel. Certains moniteurs seraient assez partisan d'inclure l'utilisation du parachute de palier au niveau 1 en même temps que l'usage de l'octopus.

Choix du parachute
Il peut être affaire de goût personnel. Cela étant dit, il se doit de répondre à un cahier des charges précis:
- être visible de loin. Parmi les couleurs proposées sur le marché, rouge, jaune, orange, c'est sûrement le orange qui remporte la palme de la visibilité sur fond de mer bleu. Si ce constat peut apparaître comme trop subjectif, il corrobore les observations faites à partir des relations qui existent entre les couleurs (cliquer ici) qui composent notre environnement. Les nuances de teintes de la mer ainsi que celle des parachutes peuvent moduler cette appréciation. Par exemple, si la mer tire plutôt sur le vert alors la couleur optimale du parachute tendra vers le rouge.
- être visible en toutes circonstances. Les variations de l'état de surface de la mer est un autre des éléments incontournables qui va déterminer le choix du parachute. La hauteur potentielle des vagues impose des parachutes de grandes tailles que tous les usagers pourront voir suffisamment tôt pour éviter les palanquées momentanément isolées. Ces modèles de parachutes ont l'inconvénient d'avoir une enveloppe de faible section et une longueur qui les rendent vulnérables en cas de vent. Faut-il rappeler que l'association vent vague est réelle et qu'il arrive que des parachutes soient plaqués à la surface de l'eau par le vent et il devient alors très difficile de repérer les plongeurs en surface. Ces mêmes caractéristiques vont créer entre le haut et le bas du parachute un différentiel de pression suffisamment important pour que le bout du parachute éclate quand le plongeur le met en œuvre trop profond et avec beaucoup d'air.
- être utilisable en faible profondeur. Parce qu'une de ses fonctions est de servir à se faire voir des autres, les plongeurs peuvent être amenés à l'utiliser au-dessus de fonds de faible profondeur. Encore trop de plongeurs conservent la longueur de cordage livrée avec le parachute. Celui-ci s'accroche sur le fond obligeant le propriétaire à redescendre. La bonne longueur de bout serait de l'ordre de sept mètres.
- être transportable sans contrainte particulière. Il vaut mieux un parachute qui se rentre dans une poche pour réduire la résistance à l'eau et limiter les risques d'accrochages.

3 - Le sifflet
Beaucoup de plongeur néglige cet élément généralement fourni comme accessoire lors de l'achat du gilet stabilisateur. Pourtant nous avons été nombreux à l'avoir déjà utilisé. Il ne faut oublier que se faire entendre, c'est aussi se faire voir. Dans le cadre de la plongée, il pourra être utilisé dans les situations de contre-jour où la palanquée voit le bateau alors que le pilote éblouït par le soleil n'est pas en mesure de localiser les plongeurs malgré leur parachute de palier. Attention toutefois de l'utiliser avec prudence car le mettre en oeuvre crée une surpression thoraxique qui va contrarier la qualité des échanges gazeux et ainsi favoriser un accident de décompression.

4 - Les détendeurs
Aucune spécificité particulière n'est exigée au niveau des détendeurs pour ces plongées. Il est cependant souhaitable d'avoir en permanence un matériel bien entretenu et bien réglé afin de réduire le plus possible les effets indésirables des efforts inspiratoires et expiratoires surajoutés.
Pour autant, la présence d'un détendeur de secours pourra rendre plus homogène et plus fluide l'intervention et la décompression en cas de panne d'air. Dans le contexte des plongées en compagnie du courant, plus éprouvant pour les plongeurs, rendant l'absence temporaire d'air plus difficile à supporter, ce détendeur apportera un plus au niveau du confort physique mais surtout un plus au niveau de la sérénité psychologique des deux plongeurs qui pourront alors se consacrer entièrement à la gestion de leur décompression.

5 - L'éclairage et autres accessoires
La recherche de l'authenticité, de la couleur juste, de l'animal rare caché au fond de son trou sont des attitudes plus que légitimes pour l'explorateur qui sommeille dans chaque plongeur.
Il semble cependant important que chacun soit bien au fait des contraintes imposées par tous ces matériels embarqués : lampes, appareils photos, flash d'appoints, planches immergeables ect …… Leur poids, leur résistance à l'avancement, leur encombrement vont générés tout un ensemble de gestes parasites et donc autant d'efforts supplémentaires qui seront des obstacles au bon déroulement de la plongée.

6 - Le vêtement
La température des eaux favorise l'usage de vêtements légers si bien que les plongeurs s'habillent court, fin et sans gants. Certains d'entre-eux, remontant sur les bateaux blessés aux jambes, aux bras et aux mains parce qu'ils ont voulu raser le fond et s'agripper au relief pour se protéger du courant nous invite à nous interroger sur le rôle du vêtement de plongée..
La fonction de protection contre le froid du vêtement est reconnue par tous et certains lui associent aussi une fonction de protection contre les agressions du milieu et les maladresses du plongeur.