JMC Nov 2003
Pourquoi une réflexion sur la plongée en "compagnie du courant"?

La plongée se démocratise de plus en plus. Les plongeurs viennent d'horizons différents. Les voyagistes intègrent de plus en plus la plongée dans leurs offres sportives, de découvertes ou de loisirs. Le contexte de la plongée évoluant, la pratique de la plongée dans des environnements spécifiques se doit de prendre en compte cette dimension. Deux constats sont nécessaires sur le plan local: l'évolution du public et l'évolution de l'espace naturel.

Le public
Le profil traditionnel du plongeur à La Réunion se caractérisait par son origine métropolitaine et une pratique régulière à l'année. Depuis plusieurs années, la population réunionnaise et notamment les jeunes générations se tournent de plus en plus vers les activités nautiques jusque là boudées par leurs aînés. Dans le même temps, La Réunion devient une destination plongée de choix que le touriste européen se voit proposer comme prestation forfaitaire par son voyagiste. Mais attention, venir passer ses vacances à La Réunion coûte encore cher si bien que le plongeur touriste est professionnellement installé et de ce fait ne plonge qu'occasionnellement.
La démystification de la plongée et l'élargissement du public ont favorisé l'émergence d'un nouveau type de plongeur saisonnier (il concentre sa pratique de la plongée sur les mois les plus chauds de l'année, de décembre à avril) et pluridisciplinaire (la plongée n'est pas le seul sport auquel il s'adonne).
L'évolution du matériel de plongée, son utilisation plus facile (ergonomie, innovation technologique), sa disponibilité sur le marché amènent à la plongée un public élargi peu demandeur de performances physiques.
Le nombre des adeptes de la plongée subaquatique augmentant, les profils de plongeurs se diversifiant, il me semble important d'attirer l'attention de chacun sur une des particularités de la plongée à La Réunion, le courant. En effet, si le plongeur régulier est en mesure d'assurer sa sécurité de manière avisée, le plongeur occasionnel et le plongeur saisonnier semblent plus exposés aux problèmes sécuritaires.

L'espace naturel
Que ce soit pour des raisons d'expansion du tourisme local ou du tourisme international, la région Réunion se tourne vers les activités sportives et de loisirs de pleine nature. On a vu exploser l'exploitation du milieu marin côtier qu'il soit de lagon ou de pleine mer si bien que les plongeurs se trouvent maintenant en concurrence avec les autres utilisateurs du milieu marin.
Professionnels de la promenade et des loisirs en mer, pécheurs, plaisanciers, chasseurs, plongeurs et baigneurs revendiquent légitimement l'usage de la mer pour y pratiquer le métier ou le loisir qui est le leur.
La plongée se pratique sous l'eau. Cette dimension verticale que nous partagions naturellement avec les chasseurs et les pêcheurs est maintenant réclamée par les professionnels de la promenade en mer.
Pour autant il s'agit de ne pas oublier les autres usagers car les plongeurs occupent un espace non négligeable en surface (la réglementation impose une distance de 100m tout autour d'un pavillon Alpha). Cet espace sera d'autant plus important que la sortie de l'eau est hasardeuse notamment quand il y a du courant.

L'occupation quasi exclusive des dispositifs d'amarrage par les bateaux de plongéecommence à être contestée par les pêcheurs et les plaisanciers qui viennent régulièrement s'y installer. Il s'avère donc indispensable de développer de manière officielle les modalités d'utilisation des zones côtières avant l'apparition des problèmes de cohabitation entre les différents utilisateurs de cet espace commun qu'est la mer, notamment aux abords des zones balnéaires de l'ouest de l'île.

Les actions anticipatrices à La Réunion
Dans le cadre de la plongée locale, certains comportements, certaines initiatives en accord avec les réalités du terrain ont fait leur apparition dans la grande majorité des centres de plongée :
- usage du gilet gonflable étendu à tous les niveaux de plongeurs,
- palanquées réduites que ce soit en exploration ou en formation,
- développement de la notion de binôme en plongée.
De manière plus isolée, il y a des centres qui développent :
- l'usage du détendeur de secours à tous les niveaux de formation
- la pratique exclusive de la plongée dérivante
- la préférence donnée aux plongées dans la courbe de sécuirité.
- l'usage du parachute de palier à tous les niveaux de plongeur.
Ces initiatives renforce bien l'idée d'une problématique "courant" bien réelle.

Exemple de ce qui peut se faire ailleurs
FiT Brevet Special «plongée dans le courant» (Cliquer ici)

Conclusion
Les exemples de situations plus ou moins critiques générées par la présence du courant et la variété des anecdodes qui témoignent des difficultés à le gérer ne manquent pas dans notre région. Ajoutons à cela les évolutions concernant la diversité des publics et la concurrence au niveau de l'occupation de l'espace naturel et on comprend mieux les anticipations locales en direction d'une gestion spécifique de ces plongées notamment au niveau du matériel.
Dans d'autres cursus de formation, il existe des modules spécifiques qui attestent des particularités des plongées avec courant tant au niveau du milieu que du matériel mais aussi au niveau des compétences du plongeur voire du directeur de plongée et du pilote..
Tout ces indices doivent nous interpeler sur
la nécessité d'entamer une réflexion plus générale autour d'une prise en compte collective des contraintes de sécurité sur ce thème afin d'anticiper le prévisible accroissement des situations à risques dans les années à venir.